Stoul/Boogie Woogie Sister n°3 (détail) - Alesko/Octotrap (détail)

mardi 1 février 2011

Serial brainwasher

Si vous êtes amateur d'art ou non et que vous n'avez pas encore vu « Exit through the Gift Shop » (traduit librement et maladroitement en Faites le Mur), courez-y ! Ce film retrace l'ascension d'un petit frenchy installé à LA qui de marchand de fringues est passé au statut d'icône du street art.

Voici le mode d'emploi très simple :

  • trouvez vous quelques street artistes reconnus qui vont enseigneront les bases (ici Shepard Fairey et Banksy)

  • Hypothèquez votre maison

  • Embauchez une armée d'assistants graphistes qui font le boulot à votre place (Toute référence à Jeff Koons semblerait ici évidente)

  • Faites un foin phénoménal, en vous servant de vos cautions artistiques pour rameuter les moutons avides de nouvelles tendances (qui n'ont rien de nouveau)

  • Montez une expo gigantesque, si possible à Hollywood dans d'anciens studios désaffectés

    Et le tour est joué ! Facile ? Un peu trop !!


Si la mise en parallèle des deux personnages que sont Banksy et Brainwash, le film tend logiquement à prendre parti pour le premier qui a en quelque sorte « crée » le second à l'image de Frankenstein. Quand Brainwash a la tête gonflée à l'hélium, celle de Banksy demeure invariablement encapuchonnée ou floutée. Quand l'art de Banksy se porte vers des sujets contestataires (un des piliers du street art), celui de Brainwash est empreint de marketing et pille allègrement Warhol en tout en vidant le street art de sa substance. Quand Brainwash se prend manifestement au sérieux, Banksy manie l'humour noir à bon escient dans ses oeuvres.

Mais le trait est gros et le personnage de Brainwash tellement caricatural qu'on en vient à se demander s'il n'est pas simplement un jouet de Banksy crée afin de dénoncer les travers du marché de l'art, et ceux qui se posent cette question sont nombreux.

La question se pose en effet et non seulement se pose mais me hante, en tant que monstre du marché de l'art, n'ira t-on pas dire aux galeristes pas sages : « si tu finis pas ta soupe, Brainwash va venir accrocher dans ta galerie » ?

Maintenant certains éléments tendent à faire croire qu'il est effectivement ce que les grands collectionneurs pensent qu'il est : un artiste tendance. Après tout, que lui reproche t-on au juste ? De faire de l'art à l'américaine ? De vendre de l'art comme on vend des fringues ? Quand on achète des fripes une misère et qu'on les revend en tant que vêtement de créateur, comme c'est le cas de Thierry Guetta (son vrai nom), on est bien en mesure de faire passer des vessies pour des lanternes, non ? Il nous paraît étonnant voire aberrant à nous européens que l'on puisse faire de l'art en dirigeant une entreprise simplement en sélectionnant les œuvres des personnes qui font le boulot à notre place. Mais n'est-ce pas ce que fait (faire) Jeff Koons dont les œuvres s'arrachent au prix de la tonne de caviar et dont les collectionneurs s'enorgueillissent d'en posséder une ?

Or le fait que les collectionneurs se jettent sur ses œuvres comme un émir du Golfe sur un club de foot n'est il pas un diktat en matière de goût ? Après tout ils ont du pognon, ils ne peuvent pas se planter !!

Andy Warhol n'a t-il pas dit : « Gagner de l'argent est un art, travailler est un art et faire de bonnes affaires est le plus bel art qui soit » ? (parole d'évangile) Et est-ce un hasard si justement les œuvres de Brainwash font constamment référence à Warhol ? Avoir la fibre commerciale, n'est pas nécessairement incompatible avec un talent artistique reconnu ni avec une mégalomanie avérée d'ailleurs : Salvador Dali en est le meilleur exemple.

Alors Brainwash, nouvelle icône de l'art contemporain ou réel imposteur ? Le film repose sur cette ambigüité et chacun peut se faire sa propre opinion du personnage. Après tout comme le dit Shepard Fairey dans le film : « Et si l'art n'était qu'une farce ?»

mardi 25 janvier 2011

Hubert Hamot...ou le pop art new-age


Pour les afficionados de notre site (par ailleurs en pleine réfection), vous pourrez découvrir très prochainement, les oeuvres numériques de Hubert Hamot. Jouant avec les symboles de la culture pop, il s'attache à les accumuler en les superposant pour arriver à des compositions extrêmement riches. A tel point que ses oeuvres numériques recèlent des détails insoupçonnés et offrent des niveaux de lectures différents.

Reprenant la traditionnelle ambigüité du pop art - entre dénonciation et célébration - Hubert s'empare des icônes de la société de consommation pour en faire des oeuvres minutieuses aux confins de l'abstraction. Au premier regard (lointain), vous êtes d'abord frappé par l'éclat des dominances chromatiques, rouges ou bleues la plupart du temps. Puis, lorsque vous vous en approchez (allez-y, ça mord pas), on est happés par le fourmillement de détails et la multitude de personnages ou objets dont ses oeuvres regorgent : prenez une pincée de Times Square, un zeste de star-wars, un soupçon de persos Disney, une larme de super-héros, et quelques grandes enseignes de l'oncle Sam...et vous êtes encore loin du compte.

Retrouvez très prochainement ses oeuvres tirées sur Dibond en 12 exemplaires numérotés et contresignées de sa main, en exclusivité sur notre site www.urban-art-avenue.fr.

lundi 17 janvier 2011

Pablo et Leonard sont dans un musée, le musée brûle, qu'est ce qui reste ?




Un indice : ce n'est pas pince moi...

La question est saugrenue mais pertinente et fait l'objet d'un article du Monde. Dans l'hypothèse où un musée serait ravagé par les flammes, et qu'ils avaient la possibilité de ne sauver qu'une seule oeuvre, laquelle choisiraient les directeurs de musées et pourquoi...

Intéressantes, les réponses à cette question toute candide embarassent les pontes de la culture et des arts. Un premier (curieusement non nommé) s'étouffe : « encore une question idiote de journaliste ! ». Or, si la notion d'idiotie s'applique en effet à certaines questions du genre : « Vous êtes content(e) d'avoir gagné ?», celle-là présente le mérite de ne pas enfoncer de porte ouverte.

Parmi les interviewés, nombreux sont ceux qui refusent de croire à une telle éventualité, il est vrai, hautement improbable. Encore que, le Parlement de Bretagne n'a t-il pas brûlé il y a quelques années alors qu'il abritait 15 objets classés au titre de monuments historiques ?

Bref, ce n'est finalement qu'un chemin détourné pour demander aux responsables des institutions culturelles ou scientifique quelle est leur oeuvre préférée dans leur collection.

Voici donc les résultats :

  • Musée Grévin : joker. Il est vrai que la cire brûle mal mais fond bien.

  • Musée Carnavalet : on sauve tout, on perd rien, on fait la chaîne avec des seaux...Le directeur n'étant pas seulement calé en histoire de Paris mais aussi en langue de bois.

  • Muséum d'histoire naturelle : le Dodo de l'île Maurice (espèce disparue)

  • Musée de la Marine : l'ornement qui décorait la poupe de la Réale, un bateau du XVIIIème siècle.

  • Musée Rodin : ni le Penseur, ni le Baiser encore moins la Porte de L'Enfer mais un exemplaire original des Fleurs du Mal illustré par Rodin. Les bronzes de Rodin n'étant pas des pièces uniques, il en resterait au moins une quelque part...

Enfin le Louvre : la Jo...euh non, puisque bien qu'étant en bois, il paraît qu'elle est fireproof.

Guillaume Faroult, l'un des commissaires de l'expo L'Antiquité rêvée sauverait Le Cauchemar de Füssli (voir ci-dessus) pour laquelle il a un coup de coeur et prêtée temporairement au Louvre dans le cadre de cette exposition (jusqu'au 14 Février). Comme quoi, ce n'est pas si compliqué et en aucun cas scandaleux de manifester une préférence !!

mercredi 5 janvier 2011

Au menu en 2011

Nous profitons de cet espace d'expression pour souhaiter à nos rares lecteurs et trices une très bonne année 2011, pleine d'amour, de réussite et de succès.
Pour notre part, nos projets pour 2011 sont :
- passer au travers les épidémies de gastro et de grippe
- refonte totale du site internet d'ici le printemps
- une première exposition du 24 au 30 Mai, Galerie Pfenningsdorf
- une deuxième exposition du 27 Septembre au 3 Octobre, à la Boulangerie, Montmartre
Et bien d'autres...

mardi 14 décembre 2010

La provocation défraichie by Larry Clark

Je suis allée voir la fameuse exposition de Larry Clark, au Musée d’Art Moderne de Paris, celle dont tout le monde parle en raison de son interdiction par la mairie aux moins de 18 ans…
Attention les yeux !!
Sur place, peu de clichés, une impression d’expo un peu maigre et faite surtout pour être « cool ». Comme on si attend quand on connaît un peu le travail de Clark, une ambiance plutôt malsaine (des seringues, du sexe, des visages défigurés par la douleur), mais c’est le gros manque de contextualisation des photos qui se trouve être le plus gênant finalement.

Nous vivons dans une société ultra-érotisée, où les fesses sont partout, le sexe n’est donc plus vraiment une marque de provocation. Cette expo sent le réchauffé, le faux sulfureux et la provoc’ défraîchie, et ces photos ne choquent plus personne. La seule chose qui me trottait dans la tête pendant la visite de cette expo était « pourquoi »? Quel est le sens de tous ces clichés, où veut-il en venir? N’a t-il aucun autre intérêt que le glauque? N'a t-il rien d'autre à dire? Quelle est cette étrange obsession?
Les photos appartiennent à une série représentant des membres de la jeunesse paumée de la ville de Tulsa (Oklahoma), aux Etats-Unis, dans les années 60-70. Clark ne fait que saisir une réalité très crue.
Sur Europe 1, Guy Carlier comparait cette exposition à l’Origine du monde de Courbet. La bonne blague !! Comparer Clark à Courbet, déjà, c'est fort, mais surtout, Courbet a révolutionné l'histoire de l'art et a fait bouger les mentalités sclérosées de son époque en représentant un sexe féminin, quand Clark montre une femme enceinte en train de se piquer, des partouzes et des adolescents en train de découvrir leurs corps...
A l’époque où il prend ces photos, Clark a une vingtaine d’années. Qu’est-ce qu’il fabrique dans l’alcôve d’adolescents, à les prendre en photo dans leur intimité? Lorsque Le Monde lui pose la question, Larry Clark dément tout « désir » pour les sujets représentés, tout en reconnaissant que ces photos sont « dérangeantes ». Mais il relativise immédiatement : « l’art est dérangeant ». Mouais, ce qui est sûr c'est que Larry Clark a fait le tour de son "art" et n'a pas beaucoup évolué, hélas, il n'a plus grand chose à nous dire et c'est dommage.

lundi 22 novembre 2010

Un grand merci !!

Puisque le moment de décrocher les oeuvres est passé, nous en profitons pour adresser un grand merci à toutes celles et ceux qui étaient présents le 11 Novembre dernier au vernissage de l'expo "Chou, Hibou, Joujou", vous pourrez retrouver les photos de la soirée et de la galerie sur la page expo de notre site ici.
A très vite pour de nouvelles aventures...

jeudi 28 octobre 2010

Vers un Art Contemporain 2.0 ?

A l’heure où se clôt la grand’messe de l’art contemporain parisien (quoique le terme soit impropre : l’entrée à une messe est gratuite quand celle de la FIAC était à la modique somme de 28€), se pose la question de l’évolution de la pratique artistique contemporaine et de sa toute fraîche légitimité.
A en croire la place marginale qu’il occupe, l’art numérique reste encore sous évalué pour ne pas dire dénigré par nombre de galeries françaises qui lui préfèrent des artistes orientés vers des techniques de peinture traditionnelles, le conceptuel, la vidéo ou la photographie.
Seulement en quoi l’art numérique serait-il moins légitime que ces disciplines à la reconnaissance déjà bien établie ?
Sa nouveauté ne plaide pas en sa faveur, dans la mesure où le public initié se tourne en priorité vers la « valeur sûre » autrement dit vers la peinture ou la sculpture, tout en gardant une certaine méfiance vers un art qui peut être aisément taxé de « facile » compte tenu des possibilités offertes par les logiciels modernes. Autant vous le dire tout de suite, c’est faux : il n’y a aucune commune mesure entre supprimer les yeux rouges d’une photo et créer une œuvre de A à Z sur un écran d’ordinateur, cela suppose une connaissance parfaite de l’outil et une démarche créatrice qui n’a rien à envier aux partisans du pinceau et de la palette.
On peut également rétorquer qu’un fichier numérique est une œuvre dématérialisée, mais cet argument ne peut être considéré comme recevable de la part des défenseurs de l’art conceptuel puisque dans ce domaine, ils considèrent que l’idée en elle-même (si ça c’est pas immatériel !!) se confond avec l’œuvre.
Peut-être faut-il chercher du côté de la matérialisation de l’œuvre justement. Le « problème » avec une œuvre numérique est qu’elle soit aisément copiable. Il s’agit cependant d’une pratique courante et en aucun cas nouvelle car la reproduction a cours depuis bien longtemps en matière artistique que ça soit à partir de la gravure sur plaque de cuivre (Eau-forte), sur bois (xylographie), ou sur pierre (lithographie). Or ces pratiques ont toutes une légitimité dès lors qu’elles font l’objet d’une certaine régulation par les artistes et ceux qui diffusent leurs œuvres. La difficulté qui se pose (pas uniquement en la matière) est qu’il n’a jamais été aussi simple de faire un « copier-coller » ou un « enregistrer sous ». Il appartient alors à l’artiste de proposer des versions en basse définition comme « échantillon » de leur travail, tandis que le galeriste veille à restreindre le nombre d’exemplaire matériels de l’œuvre afin qu’elle garde son côté « hand-made ».